La quatrième théorie allergique
Les trois théories allergiques contenaient chacune une part de vérité, mais aucune ne permettait de se soigner pour de bon. Il me fallait expérimenter davantage.
Cet article est dédié à tous les chercheurs anonymes d’Internet
Dans ma quête insensée de me guérir de mon allergie, ma mémoire me mit sur une piste.
Une piste… farfelue.

Ou plutôt, une piste fascinante, mais à la thèse excessive, rédigée par des hurluberlus.
Leurs auteurs ? Des obsessionnels du complot, probablement à demi-autistes, bref, d’authentiques internautes comme on les aime.
Leur plateforme ? L’incroyable 4chan, forum hétéroclite d’anonymes, haut lieu de l’internet sans filtre, et accessoirement « égout des internets ». Pas exactement là où je chercherais une réponse médicale…
Pourquoi donc reconsidérer cette théorie, abandonnée deux ans plus tôt ?
Car aujourd’hui, je dois, sans ironie, une fière chandelle à ces obscurs anonymes.
Remontons donc le fil de cette étrange hypothèse « parasitaire »…

Nous sommes en 2020.
Le terrible Covid, terreur des 5 mondes, mortelle comme la Peste Noire, cause autant de trouble qu’à nos ancêtres médiévaux. Confinée, démoralisée, la population mondiale se rabat massivement sur internet. Et alors que des néo-cosmonautes arpentent les rues chinoises, que les divorces se profilent dans les studios parisiens, certains s’abandonnent à leur péché mignon : le commentaire de futilités sur internet.
Si quelques-uns subliment leur internement par la culture, que d’autres se vautrent dans l’oisiveté rémunérée, il se trouve des troublions pour commenter l’actualité, y aller de sa prédiction, et même, bien pire, critiquer la politique sanitaire de son gouvernement (puissions-nous jamais tomber dans cet écueil fatal !).
Sur internet surtout, que de toutologues aux opinions ancrées, à la spécialité changeante comme l’actualité qu’ils commentent, et d’une assertivité à trancher le métal... !
Parmi ceux-ci, on trouve, pêle-mêle, des libertariens masquo-sceptiques, des contestataires de l’enfermement légal (pardon, du «nécessaire confinement»), et des passionnés de l’aspect médical du problème.
Des curieux qui alignent des hypothèses inopinées, mais aussi de simples citoyens, inquiets, énervés ou dubitatifs, qui font tourner leur esprit critique.
Loin de moi l’idée de m’appesantir sur quelque peccadille d’un gouvernement qui, décidément, sait penser à notre place, mais je dois avouer, qu’il m’est arrivé de lire « ces gens-là ».
Une seule fois, au chalet, pour raisons pédagogiques uniquement.
Toujours est-il que, dans ce tourbillon d’absurde qu’est 4chan, une actualité étonnante retentit : l’ivermectine pourrait soulager du covid.
Encore quelques jours, et c’est l’hydroxychloroquine qui est mise à l’honneur.
Puis quelques substances végétales...
Anonymat oblige, les commentaires vont bon train. Jusqu’à ce que...
Quelqu’un mentionne un point commun entre tous ces composés.
Ils seraient tous... « antiparasitaires ».
Mais si les composés anti-covid efficaces sont des antiparasitaires...
Alors, ajoute un internaute, se pourrait-il que le covid lui-même soit... Un parasite ?
Evidemment, si le covid était un ver, ça se verrait, « ça se saurait ! ».
Et comme il est qualifié de « virus », on en reste là.
Mais l’intérêt pour la « question parasitaire » et ses étranges coïncidences est lancé.
En quelques semaines, des recherches s’organisent, des liens plus ou moins loufoques sont établis, et un enthousiasme dévorant s’empare de ce dossier.

Ils sont anonymes, peu nombreux, mais l’un d’eux va jusqu’à publier un document qu’il estime de la plus haute importance.
Selon lui, la question parasitaire transcende les siècles, fait la lumière sur des domaines aussi variés que la santé, la morale, la psychologie, l’économie, la politique et la spiritualité. Rien que ça !
Mon aimable lecteur, à ce stade-là, se demande comment ma curiosité a pu être frappée par ce groupe de chercheurs un peu fêlés. Parfois, je me pose la même question.
A la vérité, j’y fus conduit par l’inénarrable truchement de contenu alternatif sur Telegram.
On consulte un mème, puis on glisse sur un post plus sérieux, une théorie alternative divertissante, et on finit sur ce genre de contenu.
Et oui, j’avais intégralement lu ce PDF, deux ans avant ma crise allergique, sans donner suite, car l’allergie ne m’était pas si douloureuse…
D’autre part, le contenu du document me semblait excessif. Avec toute l’ouverture d’esprit du monde, quand les publications scientifiques côtoient des textes sur les reptiliens, j’avoue… que je décroche.
Mais dans ce cas, pourquoi mentionner ce fichier extravagant ?
Car, dans ce document inégal, on mentionnait l’allergie. Par un article scientifique, liant les helminthes (vers intestinaux) à la fameuse affection.
Perdu pour perdu, autant le lire ? Qui sait, ça pourrait être pertinent…
Et ça l’était ! Les auteurs de l’article liaient les anticorps IgE, responsables des réactions allergiques, aux vers intestinaux.
S’il y avait la moindre chance que ça soit vrai, je devais m’en assurer ! L’idée d’être infesté ne me plaisait guère, mais demeurer dans le doute me répugnait davantage.
Alors, lisant les « remèdes » antiparasitaires mentionnés, mon regard se posa sur un flacon. La « térébenthine », distillat de résine de pin...

Mais si la térébenthine semblait trop puissante, j’avais déjà entendu parler des vertus du pin.

La posologie était honnête, semblait sans danger, et je me mis à prendre, chaque jour, quelques gouttes du breuvage. Sans observer de résultat flagrant au début...

Avoir guéri d’un mal qui me taraudait depuis 20 ans... Renversant !
Par d’improbables circonstances, j’avais réglé ce vieux problème.
Mais il s’en posait un autre, et de taille.
Un problème, qui allait me demander quelques dizaines de questions sans réponses, des centaines d’heures de recherches, et me faire produire des milliers de notes.
« Comment diantre ai-je réussi à me guérir de cette malédiction moderne ? Les autistes d’internet auraient-ils… raison ? »
« Mais si l’allergie est d’origine parasitaire…? Quid de l’eczéma, de l’asthme… ? »
« Et si ces maladies sont parasitaires, pourquoi n’en parle-t-on pas ? Comment se fait-il qu’on n’ait pas identifié les ‘vers’ à l’origine de ces pathologies... ? »
Tant de questions, et si peu de réponses !