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Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir été allergique

Par Androlf Juchet ·

GénèseAllergie

Si j'avais su à quoi m'amènerait ce jeûne... Je l'aurais quand même tenté !

Un homme en trench observe à la loupe un grain de pollen doré, étiqueté d'un nom savant fantaisiste, devant des arbres en fleurs. Il lâche : « Tout ça pour ça ? »
A Niklas Freiwalden, qui m’a poussé dans une aventure vertigineuse sans le savoir.

Je crois que je n’avais été jamais aussi gêné de ma vie. Pas cinq minutes sans un éternuement, souvent répété, un grattage de nez, des yeux qui pleurent ou la peau qui brûle.

Pourtant, la veille encore, je flânais tranquillement en terrasse…

Deux cases : le même homme attablé en terrasse par beau temps, puis le lendemain en pleine crise, un mouchoir sur le nez, entouré de mouchoirs usagés et d'un flacon d'antihistaminique.
Le mystère où tout s'est joué

Rien de moins que la pire crise allergique de ma vie. Accessoirement, le début d’une enquête immense. L’enquête de la saison, de l’année, et, qui sait, d’une vie… ?

Pourquoi cette allergie subite ? La veille encore, je gambadais tranquillement, insouciant, et aujourd’hui, bim, elle reparaît… ? D’où ce changement si soudain d’expérience de vie ?

Tant de questions, et si peu de réponses.

Je souffrais d’allergie depuis 20 ans.

J’avais essayé les antihistaminiques, ces pilules du printemps. Un abonnement moins enthousiasmant que Netflix, mais probablement plus lucratif.

J’étais allé voir un allergologue. « On peut désensibiliser, mais ça dépend de la substance, de la réaction »... Des dizaines de séances sur quelques années : c’était non.

Et cette fois, un jeûne. Pas exactement pour lutter contre l’allergie, mais, au troisième jour de ce jeûne hydrique, j’étais en pleine vitalité. Récompense, avouons-le, de deux jours en dents de scie...

Mais si le jeûne pouvait expliquer l’immunité allergique du 3ème jour... Pourquoi s’était-elle déclenchée le 4ème, aussi intensément ?

Quatre bandes retraçant un jeûne de quatre-vingts heures au bord d'un lac : la promenade, l'amélioration au troisième jour, la crise allergique au quatrième, puis l'homme devant une courbe qui s'envole et un point d'interrogation.

Si le jeûne est aussi efficace que le prétendent leurs partisans, pourquoi 80h de jeûne n’ont pas neutralisé l’allergie ? Surtout, pourquoi revient-elle, plus violente que jamais ?!

Tant de questions, et si peu de réponses...

Mais une intuition. Une idée, un peu folle, qui se changea bientôt en détermination :

Huit cases de monologue intérieur : l'homme se promet que c'est sa dernière année d'allergie, doute d'avoir quelque chose à trouver que d'autres n'auraient pas vu, s'enfonce dans les traités, puis reste seul devant ses piles de livres.

L’idée insensée persistait : « si tu ne parviens pas à te défaire de ton allergie, au moins réussiras tu à t’en soulager, partiellement, temporairement ? »

Il paraît que « quand on veut, on peut ». Mais toute la bonne volonté du monde ne peut pas suppléer à la réalité. Il fallait que je me mette à l’école du réel.
J’avais déjà une piste, une micro-piste : ce changement soudain, d’un jour sur l’autre.

Et si je voulais m’en sortir, il faudra essayer pas mal de choses. Revenir, peut-être, à ce jeûne originel ? Aussitôt pensé, aussitôt fait. Puisque le jeûne semble mitiger l’allergie, autant en reprendre un, d’un petit jour au moins.

Mon « enquête » ne faisait que commencer. Mes seules armes ? Ma détermination, ma première expérience jeûne/crise, et, bien sûr mon corps. Qui allait me servir de cobaye pour la suite.

Je me mis à tester, une par une, différentes substances, légales bien entendu.

Six essais numérotés avec leur résultat noté : vitamine C à haute dose, douche froide, cuivre, or et argent, jeûne, puis thés, tisanes, vitamines et sport. La dernière case montre l'homme dehors, le nez toujours obstrué.

Mais ça ne suffisait pas. Il me fallait, en plus de l’expérimentation, invoquer à moi la théorie. Comme je devais le lire 15 mois après :

« Quand on ne sait pas ce qu’on cherche, on ne sait pas ce qu’on trouve »
(Claude Bernard)

Il n’empêche, que je ne savais pas trop quoi chercher…

Comme “théorie”, je n’avais à l’époque que deux sons de cloche :

Pour la médecine officielle, l’allergie est un dérèglement du système immunitaire. Le corps voit un allergène, il panique, et patatras, ça tousse, ça pleure, ça irrite de partout. Une vraie malédiction moderne.

Mais, selon une seconde théorie, l’allergie est liée à un « trop plein » de l’organisme, qui essaie, tant bien que mal, de virer ses toxines. Théorie séduisante, mais qui n’expliquait pas pourquoi un minuscule pollen pouvait provoquer cette « détoxination » spectaculaire...

Affiche en quatre colonnes suivant une cellule qui se remplit : accumulation, saturation, tentative d'évacuation, réaction allergique. Sous chacune, une jauge passe du vert au rouge.
La seconde théorie allergique

J’avais essayé les armes de la première théorie, les antihistaminiques. En plus des effets secondaires (sommeil ou fatigue), ça marchait moins bien d’année en année. Peu « efficace ».

La seconde théorie, in fine, préconisait le jeûne. J’avais donc essayé, pendant pas moins de 80h... Pour me retrouver, avec la plus grosse crise de ma vie ! Cette « surprise » devait s’expliquer quelques mois plus tard, mais pour l’heure, je l’interprétais comme une preuve que le jeûne n’était pas efficace, ou pas suffisant...

J’avais fait le tour de ma petite parapharmacie... Et celui des « théories » de l’allergie. Ma quête devait donc se solder par un échec, et je finirais misérablement confiné chez moi 2 à 4 mois par an, attendant avec espoir que la pluie dissipe les pollens qui m’empêchaient de sortir.

« Pas si vite ! Il doit y avoir un autre moyen... ! »

(C’est fou, ce besoin, pour les cerveaux, de ne pas lâcher l’affaire...)

Mais mon inspiration, toute spontanée qu’elle était, n’était pas dénuée de sens.

Car j’étais tombé, il y a quelques mois, sur une boîte à livres. Et ce fait là aurait été peu important, si je n’avais trouvé, providentiellement, un bouquin sur l’oligothérapie...

Une boîte à livres de rue, vitrée, où se détache un ouvrage consacré aux oligo-éléments et à l'oligothérapie.

L’auteur y était dépeint de la façon la plus sympathique :
« Ancien grand sportif, il continue aujourd’hui (à l’âge de 70 ans) ses consultations quotidiennes, ne boit pas, ne fume pas [et] dort la fenêtre ouverte été comme hiver. »

Les bouquins des années 80 ont un charme certain !

Intrigué par cette description, j’avais emprunté l’ouvrage, sans penser qu’il allait pouvoir me servir... Ce médecin m’inspirait plus confiance que certains opticiens à lunettes, coiffeurs chauves et autres diététiciens en surpoids (sans parler des experts du sommeil aux cernes en poche de kangourou...) !

Le bouquin parle de « terrain » à rééquilibrer, de minéraux à prendre pour éviter les carences, et pour changer ce fameux « terrain », dont dépendrait la maladie.

La voilà, la troisième théorie de l’allergie : un mauvais « terrain », quoi que veulent dire ces deux mots !

Mais qu’importe la théorie, si la pratique ne la confirme : je consulte donc l’entrée « allergie ».

Et là... Surprise !

« Avant tout Manganèse (l’anti-allergique polyvalent) et Soufre (le désensibilisateur universel), Magnésium [...] »

Deux minéraux m’étaient déjà familiers : je prenais déjà du magnésium, et le manganèse avait eu quelque effet sur mon allergie, mais plus rien de notable lors des dernières prises…

Mais le troisième minéral… ??!

Six cases : l'homme s'étonne qu'on lui parle de soufre, le compare au produit qu'on met sur les vignes puis au bout des allumettes, refuse d'en avaler, cherche sur son ordinateur et tombe sur le MSM.

Chose incroyable, je tombe sur quelque chose d’alimentaire ! Une poudre blanche, non de Colombie, mais de Suède, au nom étrange : « M-S-M »...

Méthyl-sulfonyl-méthane, ou diméthylsulfone. Composé soufré dit « organique », diluable dans de l’eau, et buvable tel quel.

Quelques jours plus tard, le test commence.

« Ha, ça décape ! »

C’est que le soufre fait son effet. « Désensibilisateur », ça lui va bien.

A l’instant de la prise, par quel prodige, je ne sais, je sens mon nez se dégager...

L’expérience du soufre organique aura été, par la suite, toujours la même : même odeur curieuse, même sensation sulfurée en bouche, même dégagement des sinus, même picotement à la tête.

Et en effet, contre tout espoir...

L’allergie stoppe, net.

« Victoire ! »

Sauf que... L’effet ne dure pas.
Un soulagement temporaire, mais pas de guérison à escompter.

Pourquoi le soufre était efficace contre l’allergie ? Je n’en avais aucune idée.

J’avais donc avec cette troisième théorie du terrain, une autre pièce de mon puzzle de la santé, et un autre moyen, temporaire mais efficace, de ne plus cracher mes poumons au moindre pollen.

Mais, à ce puzzle, il manquait une dernière pièce…
Celle qui devait propulser mon enquête à un tout autre niveau…

Tant de questions, et si peu de réponses !